L'architecture dans les beaux-arts : concevoir et penser l'espace

L'architecture dans les beaux-arts : concevoir et penser l'espace

11 votes : 4.9

L'architecture est un art à la fois pratique et conceptuel, fondé sur la conception d’espaces destinés à être habités, traversés ou contemplés. Elle mêle aujourd’hui des techniques traditionnelles (dessin à la main, maquette physique) et numériques (CAO, modélisation 3D, BIM). C'est un des domaines piliers de l’apprentissage en prépa artistique et plus largement du domaine des beaux-arts et des écoles d'architecture.

 

Des premiers abris préhistoriques aux gratte-ciel connectés, l’histoire de l’architecture raconte l’évolution des sociétés, de leurs croyances, de leurs technologies et de leurs rêves. Qu’il s’agisse de pierre, de bois, de béton, de verre ou de modèles virtuels, les matériaux changent, mais la quête fondamentale demeure : créer un espace qui répond à un besoin, raconte une histoire et exprime une vision.

Classée comme le 1ᵉʳ art et regroupant des dimensions à la fois plastiques, techniques et sociologiques, l’architecture occupe une place centrale dans l’enseignement des arts visuels et de l'espace. Elle ne se résume pas à une maîtrise technique de la construction, mais constitue un langage conceptuel capable de traduire des fonctions, des émotions et des visions du monde en trois dimensions.

​​Architecture du Palais des Vents de Jaipur en Inde
Architecture du Palais des Vents de Jaipur en Inde

Histoire de l'architecture : d'un besoin de protection au confort ultime

Prémices de l’architecture, de l'abri de préhistoire à la cité antique

L’architecture naît avec la nécessité de se protéger. Dès la Préhistoire, les premières structures émergent (huttes en branchages, tentes en peau, habitations creusées dans la roche) et témoignent d’un geste fondateur : transformer l’environnement pour y vivre.

Puis, avec l’Antiquité, l’architecture devient un outil de pouvoir, de cohésion sociale et de religion. En Égypte, en Grèce ou à Rome, l’espace public s’organise selon des traités stricts : temples, palais, thermes et aqueducs sont conçus selon des règles de proportion, de symétrie, d'ordres architecturaux (dorique, ionique, corinthien) et de monumentalité.

 

L’architecture sacrée du Moyen Âge : pierre, lumière et structure

Au Moyen Âge, l’architecture européenne est profondément marquée par la foi chrétienne. Les églises, les abbayes et les cathédrales deviennent les laboratoires principaux de l’innovation technique. Ces bâtiments ont une fonction symbolique et spirituelle : ils sont conçus pour élever l’âme, raconter des récits bibliques et manifester la puissance de la foi. Deux styles majeurs se succèdent :

  • L’architecture romane : massive et trapue, reconnaissable à ses voûtes en plein cintre, ses murs épais et ses fenêtres étroites, créant une ambiance de recueillement sombre.
  • L’architecture gothique : une révolution technique qui cherche la hauteur et la lumière grâce à l'invention de l'arc brisé, de la voûte sur croisée d'ogives et des arcs-boutants, permettant d'ouvrir les murs pour y installer de grands vitraux.

L'époque de la Renaissance : retrouver la géométrie et l’humanisme

La Renaissance marque une rupture et un retour aux textes et aux ruines de l’Antiquité gréco-romaine. Les architectes redécouvrent le traité de Vitruve et développent les principes de proportion et développent une approche plus scientifique de l’espace (une approche mathématique et anthropocentrique).

Des figures comme l'architecte Brunelleschi (et sa célèbre coupole à Florence), Alberti ou Michel-Ange incarnent cette époque. L’architecture devient plus harmonieuse, centrée sur la symétrie, la perspective et l’équilibre des volumes. C’est aussi le moment où l’architecte s’affranchit du statut d'artisan ou de maître d’œuvre pour également devenir un artiste-concepteur reconnu.

​​Dôme de Brunelleschi, cathédrale de Florence, Italie
Brunelleschi, Filippo. Coupole de la cathédrale de Florence (Duomo). 1420–1436. Piazza del Duomo, Florence.
 

Baroque et classicisme : théâtralité, pouvoir et ordre au XVIIᵉ siècle

Au XVIIᵉ siècle, l’architecture est le miroir des ambitions politiques de l'Europe. Le baroque, né en Italie, privilégie les courbes, les façades mouvementées, les jeux de miroirs et l'illusion d'optique pour impressionner le spectateur.

À l'inverse, la France choisit le classicisme, plus ordonné, géométrique et rationnel, pour incarner l’idéal de la monarchie absolue sous Louis XIV. Le palais de Versailles et sa galerie des Glaces sont le symbole de cette synthèse unique, où l’architecture s'articule parfaitement avec les jardins à la française et la décoration intérieure pour magnifier le pouvoir royal.

Le XIXᵉ siècle : l'éclectisme, la révolution industrielle et le métal

Le XIXᵉ siècle est bouleversé par la révolution industrielle. D'un côté, le courant néogothique (porté en France par Viollet-le-Duc) pousse à la redécouverte et à la restauration passionnée du patrimoine médiéval.

D'un autre côté, les ingénieurs introduisent de nouveaux matériaux industriels : le fer forgé, la fonte, le verre et le ciment. L'architecture s'adapte aux nouveaux besoins de la société industrielle : usines, gares, grands magasins. Des structures monumentales comme la gare Saint-Lazare, les grandes halles ou la tour Eiffel révolutionnent le paysage urbain et prouvent que l'ingénierie peut devenir un art.

 

XXᵉ et XXIᵉ siècles : modernité, fonctionnalisme et déconstruction

L'architecture du XXᵉ siècle fait table rase du passé et voit naître des mouvements comme le modernisme, le surréalisme architectural et l’architecture contemporaine. Mené par des figures comme Le Corbusier, Frank Lloyd Wright ou Mies van der Rohe, ce mouvement prône le fonctionnalisme ("la forme suit la fonction"), l'utilisation massive du béton armé, les plans libres et le refus de l'ornement.

À la fin du siècle et au début du XXIᵉ siècle, l'architecture se fragmente en une pluralité de styles : le brutalisme, le high-tech (le Centre Pompidou de Paris par Renzo Piano et Richard Rogers), et le déconstructivisme (Zaha Hadid, Frank Gehry), caractérisé par des formes fluides, fragmentées ou asymétriques.

La modélisation 3D, le BIM et les matériaux intelligents ouvrent de nouvelles possibilités. La scène contemporaine se caractérise par une grande diversité : aménagement du territoire, architecture figurative ou abstraite, engagée ou poétique, hybride ou radicale. L’architecture reste un langage vivant, constamment renouvelé, espace d’expérimentation, mêlant art, technologie, écologie et société

​​Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou
Piano, Renzo, et Richard Rogers. Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou. 1971–1977. Place Georges-Pompidou, Paris.

L’architecture en France : un patrimoine et des institutions d’excellence

La richesse architecturale de la France ne se résume pas à ses grandes institutions parisiennes. Le pays est un véritable musée à ciel ouvert où chaque région a développé son propre langage constructif en fonction de ses ressources géologiques et de son histoire.

Le gigantisme gothique des cathédrales du Nord

Dans la moitié nord de la France, l'architecture s'est élevée vers le ciel. La cathédrale d'Amiens en est l’un des exemples les plus sublimes : avec sa nef culminant à plus de 42 mètres de haut, elle incarne la perfection du gothique classique. Ses murs de pierre semblent s'effacer pour laisser place à de gigantesques verrières, une prouesse structurelle qui témoigne de l'audace des bâtisseurs du XIIIᵉ siècle.

FICHE métier : peintre en décor


Les trésors médiévaux au cœur des campagnes

En s'éloignant des grandes métropoles, les campagnes françaises préservent des ensembles urbains intacts depuis le Moyen Âge. Le Périgord (Dordogne) abrite ainsi des villages fortifiés et des bastides d'une beauté exceptionnelle, à l'image de Brantôme, Beynac-et-Cazenac ou de Sarlat. Construits en pierre de taille calcaire aux tons chauds et coiffés de toits en lauze, ces bourgs montrent une harmonie totale entre l'architecture locale et le paysage rocheux qui les entoure.

Un réseau d'écoles et de diffusion partout sur le territoire

Si la Cité de l’architecture et du patrimoine reste un pôle national de référence, la France compte 21 Écoles Nationales Supérieures d'Architecture (ENSA) réparties sur tout le territoire (Marseille, Lyon, Nantes, Toulouse, Lille, Nancy...).

Ces implantations régionales permettent aux étudiants en prépa et en école d'interroger directement les problématiques locales : la revitalisation des centres-bourgs ruraux, la préservation du patrimoine en pierre ou en pans de bois, et l'adaptation aux climats régionaux.

​​Abbaye Saint-Pierre de Brantôme. VIIIe-XVIIIe siècles
Abbaye Saint-Pierre de Brantôme. VIIIe-XVIIIe siècles. Complexe monastique et cavités troglodytiques. Brantôme en Périgord, France.
 

Les techniques de l’architecture : de la main à l’algorithme

La pratique contemporaine exige de savoir naviguer entre la sensibilité du geste manuel et la précision des outils numériques.

  • Le dessin à la main et le croquis d'espace :
    • Outils : papier, crayons, feutres fins, encres.
    • Rôle en prépa : essentiel pour aiguiser l'œil, comprendre la perspective sur le vif, capter la lumière et transcrire rapidement une idée spatiale.
  • La maquette physique :
    • Matériaux : carton plume, balsa, plâtre, plexiglas, impression 3D.
    • Rôle en prépa : permet d'appréhender concrètement les notions d'échelle, de gravité, de texture et de tester les volumes dans l'espace réel.
  • La Conception Assistée par Ordinateur (CAO) et modélisation 3D :
    • Outils : Logiciels de modélisation (Rhino, SketchUp, Blender).
    • Rôle en prépa : Permet de traduire des formes complexes, de simuler des textures et de travailler la mise en espace virtuelle (scénographie, architecture d'intérieur).
  • Le BIM (Building Information Modeling) :
    • Outils : Revit, Archicad.
    • Rôle en école d'architecture : cette méthode moderne centralise toutes les données techniques d'un bâtiment (matériaux, coûts, plomberie, structure) sous forme de maquette numérique intelligente et collaborative.
​​Maquette d'architecture
M., Nick. Maquette d'architecture. Projet d'étude, s.d. Collection privée de l'auteur.

Apprendre l’architecture en prépa arts : pourquoi et comment ?

L’architecture est une discipline qui demande une grande agilité intellectuelle : il faut être à la fois artiste, technicien et sociologue. L'année de prépa artistique est une excellente passerelle pour préparer les concours exigeants des écoles d’architecture (ENSA) ou des écoles de design d'espace (comme Boulle, Camondo ou l'Ensad).

En prépa, l'architecture s'enseigne à travers des projets transversaux, permettant à l'étudiant de :

  1. Maîtriser les fondamentaux spatiaux et la tridimensionnalité : apprendre à passer du plan (2D) à la coupe, puis au volume (3D), notions de volumes, perspective, composition.
  2. Expérimenter plusieurs médiums : dessin, maquette, CAO, BIM.
  3. Développer une sensibilité constructive : comprendre comment la lumière dialogue avec un matériau et comment un espace influence le comportement humain.
  4. Construire un portfolio (dossier artistique) : indispensable pour l'admission en école, il doit regrouper des croquis de perspective, des photos de maquettes et des recherches personnelles, des analyses de vos propres projets.
  5. Apprendre à argumenter : un projet d'architecture doit se défendre à l'oral, la prépa enseigne à verbaliser et justifier ses choix face à un jury.

5 BONNES RAISONS DE FAIRE UNE PRÉPA ARTS

 


FAQ : Questions fréquentes sur l’architecture

Quels sont les 3 types principaux d’architecture ?

Les 3 types principaux d’architecture sont :

  1. L’architecture résidentielle : conçue pour l’habitat (logements, maisons, appartements).
  2. L’architecture publique : destinée aux espaces collectifs (musées, écoles, hôpitaux, institutions).
  3. L’architecture industrielle : liée aux activités productives (usines, entrepôts, centres logistiques).
 

Certains ajoutent aussi l’architecture monumentale (édifices symboliques) et l’architecture religieuse (églises, temples, mosquées), mais ces 3 types couvrent l’essentiel de la pratique.

Quels sont les 5 piliers de l’architecture ?

Les 5 piliers fondamentaux de l’architecture sont :

  1. La fonction : l’usage de l’espace (habiter, travailler, se réunir, etc.).
  2. La forme : la conception visuelle et esthétique du bâtiment.
  3. La structure : la stabilité et la résistance de l’édifice.
  4. La lumière : l’impact de la lumière naturelle et artificielle sur l’ambiance.
  5. Le matériau : le choix des matériaux (pierre, bois, béton, verre, etc.) et leur impact sur l’aspect et la durabilité.
 

Ces 5 piliers guident chaque projet architectural et doivent être équilibrés pour créer un espace à la fois fonctionnel, beau et durable.

Que mettre dans son portfolio pour entrer en école d'architecture ?

Contrairement aux écoles de beaux-arts pures, les jurys des écoles d'architecture (ENSA) ou de design d'espace n'attendent pas de vous des plans techniques parfaits ou des modélisations 3D complexes, car c'est ce qu'ils vont vous enseigner. Ils cherchent avant tout à évaluer votre sensibilité à l'espace.

Votre portfolio doit idéalement contenir :

  • Des dessins d'observation en perspective : des croquis de rues, d'intérieurs, de monuments, pris sur le vif. Cela montre que vous comprenez comment la 3D se projette sur une feuille de papier.
  • Un travail sur la lumière et les textures : des études (en photo, peinture ou dessin) de l'impact de la lumière du soleil sur un bâtiment ou une matière.
  • Des photos de volumes ou de maquettes : de petites expérimentations en carton, en papier plié ou en argile qui montrent que vous aimez manipuler des volumes réels.
  • Des carnets de croquis : les jurys adorent voir vos recherches, vos notes de voyage et vos hésitations, car cela révèle votre curiosité et votre manière de penser.
 
Retour haut de page
Demande d'infos