La thérapie par l'art : pratique au service du soin et de l'expression
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Auteur : l'équipe de rédaction du site prepa-arts.fr
La thérapie par l'art occupe une place de plus en plus reconnue dans l'accompagnement des personnes, en complément des approches plus classiques de soin.
Portée par des thérapeutes formés à la fois à la clinique et à la pratique artistique, elle s'appuie sur la création pour ouvrir un espace d'expression que les mots seuls ne permettent pas toujours d'atteindre. Elle s'adresse aussi bien aux enfants qu'aux personnes âgées, en passant par les patients suivis en psychiatrie ou en soins palliatifs.

Une femme participe à une séance de méditation thérapeutique par le son du kalimba.
Qu'est-ce que la thérapie par l'art ?
La thérapie par l'art désigne un ensemble de pratiques qui utilisent la création artistique comme support de soin psychique ou d'accompagnement du bien-être. Elle se distingue d'un simple loisir créatif par son cadre : elle est menée par un professionnel formé, dans un objectif thérapeutique défini avec la personne accompagnée.
Une pratique entre création et psychothérapie
Cette pratique se situe à la croisée de la création artistique et de la psychothérapie. Elle ne vise pas la production d'une œuvre aboutie, mais l'utilisation du geste créatif comme outil d'élaboration psychique, au même titre que la parole dans une thérapie plus classique.
Ses origines remontent au milieu du XXᵉ siècle, quand des psychiatres comme Adrian Hill au Royaume-Uni ou des artistes comme Jean Dubuffet, à travers son intérêt pour l'art produit par des patients en institution, ont contribué à faire reconnaître la valeur thérapeutique du geste créatif.
On distingue aujourd'hui l'art-thérapie proprement dite, à visée clinique et menée en institution, des ateliers de médiation artistique plus centrés sur le lien social et le bien-être, sans objectif thérapeutique au sens strict.

Atelier d'art-thérapie avec une enfant en situation de handicap
Les objectifs d'une intervention par l'art
Les objectifs d'une telle intervention varient selon les publics : réduire l'anxiété, retrouver une forme d'estime de soi, accompagner le deuil, ou encore soutenir une personne confrontée à une maladie chronique ou à une hospitalisation longue. L'art devient alors un moyen détourné d'aborder des sujets parfois difficiles à formuler directement, en particulier chez les enfants ou les personnes qui peinent à mettre des mots sur ce qu'elles traversent.
L'art peut aussi être utilisé dans le cas de médiation moins encadrée, plus autonome. En effet, ce type de pratique peut être relié au dessin anti-stress ou encore au Zentangle.
La thérapie par l'art est généralement présentée comme un soin complémentaire, qui s'inscrit aux côtés d'un suivi médical ou psychologique plutôt qu'en remplacement de celui-ci. De nombreux établissements de santé y ont désormais recours, notamment en psychiatrie, en oncologie ou auprès des personnes âgées, où elle vient s'ajouter aux protocoles de soin habituels sans s'y substituer.
Un article de la revue Hegel, consacré à l'art-thérapie et publié sur la plateforme du Cairn, rappelle que le processus créatif comme l'œuvre produite sont surtout évalués pour leur portée thérapeutique, bien davantage que pour leur valeur esthétique.
L'amélioration observée chez les personnes accompagnées tient ainsi moins à la qualité de la création qu'au processus d'expression lui-même, un principe qui a notamment justifié la reconnaissance de l'art-thérapie comme approche non médicamenteuse dans le cadre du Plan Alzheimer 2008-2012. C'est cette dimension qui explique l'intérêt croissant porté à la thérapie par l'art, aussi bien du côté des soignants que de celui des personnes en recherche d'un accompagnement complémentaire à leur parcours de soin.

Une aide-soignante accompagne une personne âgée dans une session de thérapie par l'art.
Le déroulement d'une séance avec un thérapeute
Une séance de thérapie par l'art suit généralement un cadre précis, fixé dès les premiers échanges avec le thérapeute, qu'il s'agisse d'un suivi individuel ou d'un travail en groupe.
Danse, écrits, musique, théâtre, dessin, collage : des médiums variés
Le thérapeute peut proposer différents médiums selon le profil de la personne accompagnée et l'intervention envisagée. Chaque médium mobilise ainsi une dimension différente de l'expression, plus corporelle pour la danse, plus narrative pour l'écriture, plus sensorielle pour le collage, la musique ou le dessin.
- La musique est fréquemment utilisée en gériatrie ou auprès de patients non verbaux, pour son effet apaisant et sa capacité à raviver des souvenirs, mais aussi dans le cas de méditation ou d'apaisement.
- La danse et le mouvement sont souvent mobilisés pour travailler le rapport au corps, notamment auprès de personnes présentant des troubles du schéma corporel.
- Le théâtre permet de travailler l'expression de soi et la prise de parole en groupe.
- L'écriture se prête bien à l'accompagnement du deuil ou des parcours de vie difficiles, en offrant un espace narratif structuré.
- Le dessin, souvent le médium le plus immédiat, ne demande aucune technique particulière et permet d'extérioriser une émotion en quelques traits ; c'est aussi celui qui rejoint le plus directement les pratiques enseignées dans une formation artistique classique.
- Le collage, plus accessible techniquement, aide quant à lui à mettre en images des ressentis complexes sans passer par le dessin figuratif.

Projet artistique de collage
Le rôle du thérapeute et du psychologue dans une séance d'art-thérapie
Selon les structures, la séance est animée par un art-thérapeute spécifiquement formé à cette pratique, ou en collaboration avec un psychologue qui assure le suivi clinique de la personne. Le thérapeute observe la manière dont la production évolue au fil des séances, plus que le résultat esthétique lui-même, pour ajuster l'accompagnement au besoin de chacun.
Se former et devenir un professionnel de l'art-thérapie
Exercer la thérapie par l'art suppose une double compétence, artistique et clinique, qui s'acquiert par une formation spécifique.
Plusieurs organismes proposent une formation à l'art-thérapie, généralement accessible après un premier cursus artistique, paramédical ou psychologique. Dans les faits, beaucoup de praticiens viennent d'abord d'un parcours en arts plastiques : une classe préparatoire aux écoles d'art, une école des beaux-arts ou une école d'art comme EDAA, où le dessin et la pratique artistique occupent une place centrale, constituent une base solide avant de se spécialiser.
C'est cette double culture, artistique puis clinique, qui distingue un art-thérapeute d'un simple animateur d'atelier créatif. Certaines universités délivrent ensuite un diplôme universitaire d'art-thérapie, tandis que d'autres organismes privés proposent des certifications spécifiques à un médium (musique, danse, dessin, arts plastiques).
En France, le titre d'art-thérapeute n'est toutefois pas légalement protégé, ce qui explique l'importance des associations professionnelles : elles fédèrent les praticiens, diffusent un cadre déontologique commun et permettent de mieux identifier un professionnel réellement qualifié dans un secteur qui reste peu réglementé.